Lancer sa startup au Cambodge : un pari osé, mais risqué

0

En février 2016, notre court séjour au Cambodge nous a permis de nous rendre compte du retard dont fait preuve ce pays par rapport à ses voisins asiatiques dans le secteur de l’innovation. Le Cambodge est encore l’un des pays les plus pauvres d’Asie du Sud-est, en raison notamment d’un lourd passé historique avec l’invasion des Khmers Rouges. Mais c’est avec une volonté de fer qu’il tente de se faire une place dans l’écosystème des startups. Parce qu’il reste encore beaucoup à y faire, le Cambodge est un terrain ouvert qui offre de multiples possibilités, et particulièrement aux les français qui y sont très bien accueillis.  

Le Cambodge, une autre porte d’entrée sur le marché asiatique

Avec un PIB fixé à 16,78 milliards d’euros en 2014 par la Banque Mondiale, près de 15,4 millions d’habitants sur un territoire de 181 035 km², le Cambodge n’a pas la carrure d’un « grand » pays. Néanmoins, avec une croissance annuelle constante de 10%, l’économie cambodgienne est l’une des plus dynamiques de l’Asie du Sud-est. Ses secteurs clés sont le bâtiment, le tourisme et le textile. Tout reste à faire dans l’univers numérique. Membre de l’ASEAN depuis 1999, le Cambodge fait encore figure de « brebis galeuse » dans ce boom de startups et d’innovations à côté des nouveaux géants que constituent la Thaïlande, la Malaisie ou encore le Vietnam.

Mais le Cambodge jouit d’un avantage non négligeable par rapport à ces autres pays : il est très facile d’y démarrer son affaire, même pour les étrangers. Là où en Indonésie la création d’une société étrangère peut prendre au minimum 6 mois, 1 mois suffit largement pour s’établir au Cambodge. Ceci, combiné à un coût de la vie relativement faible, a conduit à la fondation d’un certain nombre de startups par des étrangers au Cambodge. Selon Soreasmey Ke Bin, fondateur de l’incubateur Confluences à Phnom Penh, s’implanter au Cambodge, « c’est profiter de coûts réduits sur un marché où il n’y a pas encore de concurrence entre les meilleurs talents ». Le pays se relevant tout juste d’une crise financière datant de 2008, y faire le buzz est relativement aisé.

Par ailleurs, héritage d’une histoire commune et de la francophonie, la France et le Cambodge entretiennent une relation privilégiée. Ceci explique la présence importante d’expatriés français et l’animation d’une communauté sans cesse grandissante dans la capitale, Phnom Penh. Un excellent point de départ quand on débarque sur le territoire. D’ailleurs, il n’est pas rare d’y croiser des locaux qui se débrouillent pas trop mal en français. Le cadre de vie à Phnom Penh est même plutôt agréable. On y trouve de nombreux cafés, des boulangeries… Quelques éléments qui permettent de retrouver des habitudes « à la française » tout en s’adaptant à la culture locale.

Le Cambodge, un pays encore très dépendant de l’aide internationale

Malgré une croissance constante, il ne faut pas nier que le Cambodge reste un pays très pauvre. Le revenu par habitant est faible (entre 600$ et 800$ par an), même si son taux de chômage n’excède pas les 3,5%. Le PIB du pays ne cesse de s’accroître, mais il se classe toujours loin derrière celui de ses voisins d’Asie du Sud-est. D’ailleurs, le Cambodge est tristement célèbre pour le nombre important d’ONG actives sur son territoire, dépendant de l’aide internationale depuis les années 1990. Dès qu’on met les pieds dans la capitale, on remarque très rapidement le nombre conséquent de logos d’organisations humanitaires sur les bâtiments, organisations qui œuvrent dans différents secteurs (éducation, santé, social…) en faveur du développement du pays. En 2013, on dénombrait 3 500 ONG enregistrées au Cambodge, le 2e plus grand nombre d’ONG par habitant dans le monde, après le Rwanda.

Malheureusement, d’autres facteurs ralentissent le développement du Cambodge : la taille de son marché intérieur qui ne fait pas le poids face à ses voisins (90 millions d’habitants au Vietnam, 65 millions en Thaïlande, 260 millions en Indonésie pour ne citer qu’eux), des freins de compétence dû au niveau universitaire des Cambodgiens qui n’égale pas encore celui de ses voisins, et le khmer qui reste la langue nationale bien que l’anglais soit devenu la langue commerciale.

Le Cambodge, pourquoi faut-il quand même y tenter sa chance ?

Justement parce qu’il y a encore beaucoup à faire, le Cambodge attire de nouveaux « startupeurs ». En effet, là où le marché semble saturé en Thaïlande ou à Singapour, le Cambodge permet de réellement tenter sa chance en Asie. Sachant que le risque d’échouer n’emportera pas de graves conséquences financières. En 2013, la communauté de startups au Cambodge était petite, mais soudée, et elle se tournait vers le numérique. Aujourd’hui encore, les barcamps (ateliers/débats autour d’un thème) attirent des milliers de participants. Des co-working spaces poussent ça et là à Phnom Penh et à Siem Reap. Des incubateurs s’installent. Le Cambodge dispose même d’une revue, Geeks in Cambodia, qui offre un contenu sur la tech et les startups en khmer et en anglais. Ces dernières années, les capitaux étrangers affluent en masse. La scène des startups cambodgienne est encore jeune, mais la dynamique est bien lancée.

D’ailleurs, le Cambodge, à l’image de ses voisins, fait également l’objet de quelques success stories ! En effet, avec un faible coût de la vie, Internet pas cher et une abondance d’ONG, le Cambodge est le terrain des entrepreneurs qui cherchent à faire la différence au lancement de leur startup. C’est ainsi que la technologie 3D y a vu le jour (avant qu’elle envahisse une bonne partie du monde), alors qu’on aurait pu penser que ce type de nouvelle technologie s’adresserait en premier lieu aux pays riches, avant de se développer bien des années plus tard dans des pays encore en développement, comme le Cambodge.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’un pays en développement qui bénéficie d’une technologie de pointe grandit avec elle, et sa perspective d’évolution est généralement plus vaste que les pays qui sont déjà bien installés dans cette ère technologique, car il en émergera des idées créatives et novatrices. Les habitants s’habituent à cet environnement, en perçoivent le potentiel, se forment et se l’approprient.

Alors, envie de vous frotter à l’Asie ? Pariez sur le Cambodge !


PDF page
Share.

About Author

Alice & Amandine

Âgées de 22 ans, nous sommes respectivement étudiantes en master de Marketing Digital (Alice) et de Droit International (Amandine). Ensemble, nous avons décidé de voyager pendant un an, afin de découvrir des projets innovants à travers le monde. Passionnées de voyages, nous aimons partir à l'aventure.

Leave A Reply